Lettre pour retrouver mon chemin

Je suis désolé !

Aucun dimanche ne sera comme avant.
Depuis un mois, avec ma femme-tigre, je suis emprisonné. Mais ton sourire et ta poitrine, mes seules échappatoires pour m’ouvrir aux plages blanches, continuent à me manquer.
Tes critiques acerbes contre tout, et tes déprimes constantes sur la mauvaise gestion de la chose publique me manquent. Tout. Parfois, je ris quand tu déchires le journal pour en faire du feu en plein midi. Les nouvelles te donnent froid au dos, mais, moi, ta chaleur me suffit. Je n’ai de révolte que ta folie.

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Juste toi…

Les mots servent de médium pour parler et décrire nos émotions, lourdes et pesantes, volatiles et jubilatoires, foudroyantes et salvatrices. Quelles qu’elles soient, nous essayons de nous soigner par l’écriture et la lecture de ce que le monde et la vie peuvent offrir. Comme l’amour, un sujet intarissable qui prend l’humain par les tripes et le met à nu même en période de pandémie.

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Lettre à l’absence

Les mots servent de médium pour parler et décrire nos émotions, lourdes et pesantes, volatiles et jubilatoires, foudroyantes et salvatrices. Quelles qu’elles soient, nous essayons de nous soigner par l’écriture et la lecture de ce que le monde et la vie peuvent offrir. Comme l’amour, un sujet intarissable qui prend l’humain par les tripes et le met à nu même en période de pandémie.

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Je t’aime…moi aussi

Les mots servent de médium pour parler et décrire nos émotions, lourdes et pesantes, volatiles et jubilatoires, foudroyantes et salvatrices. Quelles qu’elles soient, nous essayons de nous soigner par l’écriture et la lecture de ce que le monde et la vie peuvent offrir. Comme l’amour, un sujet intarissable qui prend l’humain par les tripes et le met à nu même en période de pandémie.

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Jours en cage

Les mots servent de médium pour parler et décrire nos émotions, lourdes et pesantes, volatiles et jubilatoires, foudroyantes et salvatrices. Quelles qu’elles soient, nous essayons de nous soigner par l’écriture et la lecture de ce que le monde et la vie peuvent offrir. Comme l’amour, un sujet intarissable qui prend l’humain par les tripes et le met à nu même en période de pandémie.

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Lettre pour ne pas finir poème inachevé

Les mots servent de médium pour parler et décrire nos émotions, lourdes et pesantes, volatiles et jubilatoires, foudroyantes et salvatrices. Quelles qu’elles soient, nous essayons de nous soigner par l’écriture et la lecture de ce que le monde et la vie peuvent offrir. Comme l’amour, un sujet intarissable qui prend l’humain par les tripes et le met à nu même en période de pandémie.

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Navré, je t’aime trop pour t’aimer !

Les mots servent de médium pour parler et décrire nos émotions, lourdes et pesantes, volatiles et jubilatoires, foudroyantes et salvatrices. Quelles qu’elles soient, nous essayons de nous soigner par l’écriture et la lecture de ce que le monde et la vie peuvent offrir. Comme l’amour, un sujet intarissable qui prend l’humain par les tripes et le met à nu même en période de pandémie.

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Lettre pour te rapprocher de moi

Les mots servent de médium pour parler et décrire nos émotions, lourdes et pesantes, volatiles et jubilatoires, foudroyantes et salvatrices. Quelles qu’elles soient, nous essayons de nous soigner par l’écriture et la lecture de ce que le monde et la vie peuvent offrir. Comme l’amour, un sujet intarissable qui prend l’humain par les tripes et le met à nu même en période de pandémie.

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A toi qui ne liras jamais cette lettre

Les mots servent de médium pour parler et décrire nos émotions, lourdes et pesantes, volatiles et jubilatoires, foudroyantes et salvatrices. Quelles qu’elles soient, nous essayons de nous soigner par l’écriture et la lecture de ce que le monde et la vie peuvent offrir. Comme l’amour, un sujet intarissable qui prend l’humain par les tripes et le met à nu même en période de pandémie.

À quelques kilomètres de la ville des mouches et des ordures, entre deux montagnes bien charpentées comme les seins de Choucoune, au milieu d’une touffe de lauriers, on aperçoit une chaumière de pas plus d’une chambre. Cette misérable chaumine éclairée seulement par la lumière du soleil est l’œuvre de la médiocrité, ce qui fait d’elle le réceptacle de toutes les larmes du ciel. Sous cette chambrette mal construite, se trouve une jeune amante confinée, au proie du délire. Elle était belle, souriante, gaie, réputée pour être la fille la plus charmante du village. Mais les coups de la vie lui ont pris la virginité de son sourire. Depuis que cette vilaine maladie a obligé le président à décréter l’état d’urgence sanitaire et que tout le monde doit rester chez soi, elle suspend ses activités et reste là sous sa chaume sans même oser franchir le seuil de la porte. On n’a pas la moindre idée du nombre de ses amis tout ce qu’on sait, c’est que son petit ami était son meilleur ami. Parfois, ne pouvant plus rester assise, elle s’efforce de se tenir debout derrière la fenêtre qui s’ouvre sur la route qui mène à la seule clinique du bourg non loin du village, et là elle regarde offusquée, indignée les passants qui refusent de croire à l’existence de cette maladie et qui ne respectent aucune consigne donnée par les autorités sanitaires. Certains disent que c’est une maladie faite pour les blancs, d’autres croient que c’est une punition de Dieu. Peut-être qu’ils ignorent cette marée humaine qui a déjà pris leur envol dans Covid-19 air-line ? Fit-elle avec un visage blême. Rien ne l’intéresse. Elle passe toute ses journées sans rien faire. Elle est là, portant son fardeau. On dirait que toutes les peines de l’humanité l’habite. Jusqu’à quand va-t-elle porter cette croix? Y-a-t-il un Simon Pierre qui veut l’aider? Sa souffrance est extrême. Elle ne sait quoi faire. Comme si le temps est venu pour l’engloutir. Elle se jette par terre, éclate en sanglot, elle jappe, hurle, crie mais personne ne vient à son secours comme si ses cris retombaient dans son ventre. À la place de ses yeux on pouvait remarquer deux grands puits. Elle pleure son seul espoir que le temps meurtrier vient de lui arracher. Elle a voulu arrêter le temps de sa course mais hélas… Elle a voulu noyer ses chagrins dans quelques verres, laisser voyager sa tristesse dans la fumée d’un cigare, mais, il y a des vides qu’aucune boisson ne peut combler, des trous qui ne peuvent être calfatés ni avec de la terre ni avec des pierres. Elle réfléchit un instant afin de trouver un moyen de se libérer. Soudain, son regard croise celui d’une plume et d’une feuille de papier vierge qui semblaient vouloir lui offrir leur soutien. Elle les saisit et se mit à écrire une lettre, une lettre qu’elle n’a aucune certitude qui va être lue.

Bonjour mon alter ego,
Je sais que tu ne vas pas lire cette lettre. Tu me disais souvent qu’on écrit pas pour soi, on écrit pour les autres. Celà sous-entend que tout ce que l’on écrit doit-être lu. Si tel en est le cas, pourquoi avoir besoin de t’écrire ? Il se peut que tu ignorais le pouvoir libérateur et immortaliseur de l’écriture. Je suis confinée, seule sans avoir un petit mot de toi. C’est maintenant que je découvre combien tu m’es si cher. Le confinement serait plus bel avec toi. Habité par l’amour, on peut passer toute sa vie en isolement sans avoir à s’ennuyer.
Aujourd’hui, marque la cinquième année de notre rencontre. Tu devrais être là à mes côtés pour célébrer ce grand jour. C’était au bord de la rivière fleur de rose, non loin du terrain où les témoins de l’amour font leurs romances chaque dimanche soir que nous nous étions rencontrés. Alors que je me rendais au marché sur le dos de mon âne, tu longeais le chemin qui mène au champ de riz de Monsieur Jolibois le notable du village, nos regards s’ étaient croisés, nous nous étions plongés dans une profonde admiration jusqu’à ce qu’un gros cheval t’a heurté. Sans hésiter, je descendis l’âne, courus vers toi, te releva de la poussière rougeâtre, te donna de l’eau à boire, te lava le visage et depuis lors nous sommes devenus les meilleurs amis du village. Un modèle pour tout le monde. À la rivière, dans les coumbites on ne fait que parler de notre relation. Tu étais toujours là pour moi. Au marché, tu venais toujours me chercher. Tu me donnais toujours de l’espoir quand les choses tournaient mal. À la rivière, dans les champs, tu me tenais toujours compagnie. Tu m’encourageais à aller à l’école, m’aidas à passer le certificat. Tu étais tout ce qu’il me manquait pour avoir une couronne sur la tête. Entre nous il existait une complicité, on s’était fondus l’un dans l’autre. Nous avons résisté jusqu’à ce jour où, sous les lauriers de ma cour tu m’as mouillé la bouche après une dizaine de minutes d’admiration sans pouvoir m’arracher un mot. Sans poser de question, je me laissai aller au rythme de ton corps puis tu m’as chuchotté à l’oreille :  » Veux-tu être celle pour qui je vis? » Sans détour, j’ai répondu oui. Nous avions réinventé l’amour. Nous avions su comment jouer la scène du deux. Oui l’amour c’est ce sentiment qui nous pousse à accepter quelqu’un malgré toutes nos différences pour nous compléter. Depuis la mort de mes parents, je croyais que je ne pouvais affronter la vie, mais tu m’as montré le chemin du bonheur. Tu cessais de courir après les autres femmes pour t’accrocher à moi et à moi seule. Oui l’amour c’est cet événement qui vient donner une nouvelle tournure à la vie d’une personne. Nous avions déjà le projet de bâtir un hôpital et une école au village. Ce projet t’a forcé à aller à l’étranger pour pouvoir travailler et m’envoyer de l’argent pour commencer le projet. Le jour de ton voyage après avoir laissé l’aéroport, j’ai pleuré comme un bébé. C’est comme si j’avais le pressentiment que je n’allais plus te revoir. Mais la vie n’est pas faite seulement de bons moments, il faut aussi connaître la souffrance.
Deux mois après ton départ, j’ai entendu à la radio qu’il y a un virus qui ravage le monde et qui a déjà causé des pertes en vie humaine. Je m’habille tout de suite, je descends chez ma marraine au bourg, je lui ai demandé si elle n’a pas eu de tes nouvelles, car tu cohabitais avec son fils là bas. Sans me répondre, elle me donne son portable et m’a dit de t’envoyer un message vocal, alors j’ai pris le portable et je t’ai envoyé un message pas plus d’une minute parce que ma marraine me regardais d’une telle façon que je n’avais trouvé aucun mot à te dire sauf ceux-ci :  » Bonsoir chéri, n’oublie pas de te laver les mains, à chaque instant, reste chez toi. Si tu as un quelconque problème qui t’oblige à sortir, porte un masque et des gangs afin de te protéger de ce virus. Moi, je vais faire de mon mieux pour ne pas être l’une de ses victimes. Je pense à toi tous les jours. Je… » Le temps de te dire je t’aime, ma marraine m’a pris le portable. Je l’ai remerciée et j’ai repris la route qui mène au village. Un torrent de pluie se déversa en moi. Une déchirure se fit en moi. À peine arrivée chez moi, j’ai reçu un bout de papier venant de ma marraine, elle me demande de rentrer rapidement au bourg c’est urgent. Mon cœur dansait dans ma poitrine, je pensais que tu avais répondu à mon message. Je reprenais derechef la route qui menait au bourg avec joie, je chantais une chanson pour dire merci à Dieu parce que je vais enfin entendre la voix de mon bien-aimé, les mains en l’air, hanche balançante je me dirigeais chez ma marraine. Lorsque j’arrivai, ce n’était pas du tout ce que j’avais pensé. Elle m’a donné de l’eau à boire et m’a dit que tu étais malade, elle ne comprenait pas ce qui t’arrivait mais tu avais un toux sec, de la fièvre, des maux de tête, un trouble respiratoire… À ce dernier aspect de ta maladie, je restai stupéfaite. J’ai passé la nuit au bourg sans pouvoir fermer les yeux, j’ai prié pour toi. Il était temps que la lune cède la place au soleil. À peine avais-je terminé ma prière, le fils de ma marraine a appelé, il a dit que tu as passé la nuit sans pouvoir dormir, il a dû appeler une ambulance.
Tu as été conduit à l’hôpital seul parce qu’on a demandé à ce que personne ne vienne avec toi dans ce lieu de souffrance. On a fait un test pour toi et tu as été testé positif au covid-19 . Ton état de santé se dégradait de jour en jour mais je gardais confiance que tu allais t’en sortir. Ne pouvant plus respirer, on t’a mis sous respirateur artificiel. Après 10 jours, tu commençais à aller mieux, plus de fièvre, plus de toux. L’un des soignants à appeler le fils de ma marraine pour lui informer que ta santé s’est améliorée. On dirait qu’un mauvais air soufflait sur toi. Voyant un patient en agonie tout juste à côté de toi, l’un des soignants t’a enlevé le respirateur artificiel pour venir en aide à l’agonisant parce que le nombre de patient était cinq fois plus du nombre de ventilateur. Tu essayais de respirer seul et c’était un brin d’espoir pour tous ces infatigables soignants. Alors que tu allais de mieux en mieux, je ne sais de quel malin génie s’agissait t-il, tu as été conduit en soin intensif cette fois-ci Dieu seul sait ce qui va se passer. Moi je n’arrêtais pas mes requêtes de prière tout en restant chez moi et me lavant les mains sans arrêt.
Le jour qui a suivi ta reconduction au soins intensifs, le fils de ma marraine a entendu un klaxonnement, il regarda à travers les persiennes et vit une voiture. Mon Dieu s’agit t-il de la police ? dit-il. Ô non c’est plutôt l’ambulancier qui était dehors, il a voulu sortir mais on lui a interdit de franchir la porte. Il reste là, le cœur en liesse à attendre ton arrivée. Oui, c’est bien lui, il est guéri, gloire à ton saint nom Seigneur, que tu es grand, que tu es bon, nul n’est comme toi père très saint ! dit-il . Il t’a attendu pendant environ trente minutes. Il disait en son coeur : « Peut-être que l’ambulancier est en train de lui dire comment il doit se tenir pour éviter une éventuelle contamination. » Voyant que ça faisait déjà une heure, il regarda à nouveau par la fenêtre, il s’essuyait les yeux de temps en temps avec un mouchoir. Il courut au toilette, retourna à la fenêtre, courut à nouveau au toilette. Il courut à la cuisine boire un peu de thé, retourna à la fenêtre. Que se passe t-il? fit-il à haute voix. Qu’est-ce que j’ai vu là ? dit-il encore plus fort. Veux-tu savoir ce qui le rendait fou? Et bien c’était ton corps que l’ambulancier venait déposer dans sa cour. Qu’est-ce qu’ils ont fait là ? Pourquoi ils n’ont pas voulu t’enterrer? Tu n’es pas le seul dans cette situation, tous les victimes de cette maladie étaient déposés dans la cour de leur famille. Le lendemain de cette scène tragique, le fils de ma marraine téléphona pour l’informer de la situation. Comme je m’étais rendue chez moi le jour d’après l’annonce de ta maladie, ma marraine a envoyé un petit garçon pour me dire que tu ne fais plus partie de ce monde et depuis lors je ne fais que délirer.
Je reste là coincée dans ma chambrette. J’ai du mal à croire à ta disparition. Chéri dis-moi, as-tu oublié nos vœux ? As-tu oublié nos projets surtout celui de la construction de l’hôpital et du clinique ? Je suis perdu dans un océan de tristesse, je crie à l’aide mais aucun bateau de sauvetage ne vienne à mon secours. Je marche pieds-nus sur des sables dans un désert, le soleil me brûle la tête je ne trouve personne pour me prêter des sandales et un chapeau. Je suis doublement confinée. Je suis lasse, pas de rester confinée, mais de ne pas pouvoir passer encore plus de bons moments avec toi. Je ne sais quoi faire. Tu viens tout le temps marcher dans mes rêves, l’odeur de ton corps habite encore mes narines. Le goût de notre premier baiser reste tatoué sur mes lèvres. À chaque fois que je me regarde dans mon petit bout de miroir, celui que tu m’avais acheté, c’est ton image qui fait surface à la place de la mienne. Tes conseils sonnent toujours dans mes oreilles. Oui j’entends tout le temps ta voix qui me dit :  » Sois toujours forte en dépit des difficultés de la vie. Si tu n’atteins pas le but fixé, ne dis jamais qu’il s’agit d’un échec, dis de préférence qu’une nouvelle possibilité permettant d’arriver à ton objectif t’est offerte. Chérie, je t’adore, je veux vivre seulement pour toi. » Ces paroles tu me les as prononcées à l’aéroport le jour de ton voyage. Maintenant que je sais que tu ne retourneras jamais dans ce monde, je ne peux faire autre chose que me remémorer nos souvenirs. Mon seul regre,t c’est de ne pas avoir eu l’occasion de te faire mes derniers vœux au moment de ton voyage éternel. Oui j’aurais dû être là pour te tenir par la main et te souhaiter un bon voyage comme je l’avais fait il y a environ deux mois. Je regrette de ne pas pouvoir t’offrir une sépulture, non seulement tu es trop loin de moi et même si tu étais prêt de moi, je ne pourrai pas faire la petite Antigone. Ce n’est pas parce que je n’ai pas assez de force pour le faire, mais parce que je sais que tu respectes toujours les règles, tu ne partagerais jamais cet avis. Chéri, j’ai un tas de chose à te dire, mais il me faut finir la lettre. J’ai quelque chose de très important à te dire. C’est que je continuerai à suivre la route que tu m’avais tracée. Je suivrai pas à pas ton chemin. Tu resteras toujours le seul prisonnier de mon cœur. Tu seras toujours confiné dans mon cœur pas jusqu’à nouvel ordre mais pour toujours. Je te promets de rester confinée, de me laver les mains instantanément en attendant. Tu es mon tout, tu le sais mieux que moi. D’où tu es, je sais que tu ne cesses de penser à ta perle rare, celle pour qui tu vivais. De toute façon, je n’aurai pas à passer tout mon temps sous ce toit, il faut que cet oiseau noir arrête son vol pour que le soleil de la vie réapparaisse dans le monde, et comme ça je travaillerai jour et nuit pour réaliser nos rêves juste pour te faire plaisir. Je donnenai ton nom à notre école. Je ferai ton statut en mabre à l’entrée de notre hôpital. J’espère te revoir un jour où nous pourrons, sous une autre lune en l’absence du soleil, entrelacer nos deux corps fiévreux. Chéri, je sais que tu ne liras jamais cette lettre mais il me paraît incontournable de te décrire mon état actuel. Tu es certes parti, mais ton cœur, ton sourire, ta rage de vivre, ta détermination…restent et demeurent en moi pour toujours. Lumière sur ta route mon trésor. »

La lettre a été très longue. Ses larmes lui servait d’encre. Dans chaque mot est inscrit sa douleur, sa tristesse, son désespoir de perdre un être si cher. Elle n’aurait pas cru que son alter ego pourrait disparaître en un clin d’œil sans avoir commencé à atterrir dans ses projets. Une quinzaine de feuilles était remplie, des feuilles dans lesquelles elle exprima son état d’âme pendant le moment du confinement en absence de son chouchou. Après avoir fini, elle y réfléchit un moment, et elle a fini par conclure que l’amour c’est tout ce qui nous reste après avoir tout perdu. Elle sourit, puis un doux sommeil l’emporta.

Dieunithe Onézaire

Lettre à Clochette

Les mots servent de médium pour parler et décrire nos émotions, lourdes et pesantes, volatiles et jubilatoires, foudroyantes et salvatrices. Quelles qu’elles soient, nous essayons de nous soigner par l’écriture et la lecture de ce que le monde et la vie peuvent offrir. Comme l’amour, un sujet intarissable qui prend l’humain par les tripes et le met à nu même en période de pandémie.

Clochette,
Je t’écris d’un lieu où les fées naissent et périssent sans pousser des ailes, entre des murs aux couleurs métalliques. Mon Amour, je mentirais si je te disais que je ne meure pas doucement. Mais comment mettre sur une même ligne mon manque de toi, la mort qui abrite mes respirations et la folie qui ravage les êtres fragiles. Confinement. Moment d’être avec soi. Retrouvaille? Tuerie? À force de trop me voir dans les miroirs, mes problèmes me sortent par la bouche. Les yeux. Mon mal a réussi à habiter mes gestes. À force de souffrir de moi-même, deviendrais-je quelque chose d’insaisissable? Entre vent et poussières? J’ai le coeur dans les rues où les trottoirs sont habités. Là où les hommes s’inventent d’autres mondes. Mais, dans ces 230 km qui nous séparent désormais, je me bats pour ne pas laissé la poussière envahir nos souvenirs.
Ne doivent-ils pas rester aux amours séparées sans le temps des adieux que leurs yeux pour aimer? Intensément. Je suis loin de toi, loin de la ville. J’ai réussi à faire battre mon coeur en ton nom. Par ton absence j’ai laissé ta voix remplir mon regard vide. « Les mots sauvent quand les armes sont impuissantes. » Alors je t’écris Clochette, pour me sauver. Du confinement. De ma haine. Et surtout de ma folie. J’aurais préféré t’écrire un poème. Il aurait été beaucoup trop triste pour tes beaux yeux, là-bas. Je t’invite à ma vie, comme unique poème authentique et éternel. Je suis loin de toi, loin de ma vie. Dans l’arrière pays où je me tiens, j’ai peur de prendre racine. On m’a dit que j’étais chez moi. Quand est-on vraiment chez soi? Entre des murs qui puent des photos de souvenirs? Là où pousse l’arbre avec ton nom dessus? Là ville-pute qui te caresse tous les soirs et te laisse entrer dans ses rues pieds nus? Ou ton âme qui connaît tes souffrances? Ou ton coeur qui connaît ton identité? Je suis un homme vagabond. Un homme vent. J’aime être de partout. J’ai peur de l’immobilité. Je ne veux pas prendre racine. Sinon je deviendrai un arbre avec des milliers d’embranchements qui, tôt ou tard, reviendront au tronc-mère. Si je deviens un arbre, quelle rivière viendra me déraciner? Tes larmes? Je préfère être un petit bateau en papier qui monte et qui descend au milieu des mers. Et qui deviendra une île dans le coeur de celui qui le laisse s’accrocher. Parfois, ton manque m’est utile. Je retombe amoureux de toi 10 fois plus qu’avant. Mais le confinement…ça me tue.
Comme à la fin de toute lettre entre amoureux le je t’aime est un viol qu’on accepte, pour se distraire, parfois, des autres vérités. Je ne te le dirais pas. Pas à la manière des gens qui savent mentir pour ne pas tuer les soleils de haine. Parce que, les jours aussi ont leurs mots. Aujourd’hui, hier, comme tout les jours depuis le confinement, j’ai tout perdu dans la bière, la pluie, la rue que je réinvente dans mes rêves, et mes mains dans tes photos comme douce espérance de ton corps. De toi. J’ai tout perdu comme la chenille dans cette métamorphose nocive. Chrysalide. J’ai toujours pas d’ailes ni d’arc-en-ciel. « Combien de fois faut-il se transformer avant de se trouver? » Je ne saurais répondre. Je continue d’avancer, ton amour dans la main et l’espérance d’assez de courage pour aimer à la hauteur de nos désirs. Des désirs de l’autre. Alors comprends moi, si je ne te dis pas je t’aime assez fort pour couvrir tes doutes. Ma voix s’est confondue dans ma douleur. Quand on meurt on doit le faire seul. Sinon, ça servirait à quoi de mourir de la souffrance du monde? Il y a les choix, les sacrifices, puis les conséquences. Je t’aime, mais… Comment se soigner si on ne saigne que du côté gauche? Mon Amour, je souffre d’une hémorragie. Et partir en poussière ne nous rendra pas tous immortels. En fait, je te le dirais. Pas par ma bouche. Par mes larmes. Aujourd’hui, peut-être, ça devrait suffire.
Toujours dans la volonté et le désir de demeurer ton Peter Pan, Clochette.
Toujours, confinement, amoureux. De toi. De toi seule.