Pour elle, qui mérite la mer et le ciel et le chant des colibris

Des fois, lorsque je n’écoute rien, il m’arrive d’entendre le son de sa voix qui résonne autour de quelques notes plaintives. J’entends la voix de Solange, tel un fil gris au-dessus duquel valse le poids de son passé, de ses traversées et de ses repentis. Me parvient à l’oreille l’espoir nourri en elle après chaque silence. J’entends encore et encore sa voix fredonner des airs de prière en travers de son trémolo. Des prières empilées devant le portail du ciel depuis le temps. J’entends son sourire, le do-ré-mi de ses combats ainsi que son refrain de lumière. 

Lire la suite

Istwa Jak

Si nuit te konn maleng lajounen pote malgre tout sa yo di, li pa t  ap janm ale kite nou fas ak lavi. Si nuit te konnen genyen nan nou, se lannuit nou moun. Se lannuit nou mache, se lannuit nou ka demare machwè n, se lannuit nou pran fòs, se lannuit nou ka jouke pwoblèm pi wo zetwal, se lannuit lavi n kòmanse malgre kalkil ki depatcha kalkilatris wòdpòte yo, se lannuit nou ka chita arebò lavi, nou ka chante tankou toutrèl ki fin bati kay pou li ponn. Se lannuit nou se matadò sipèb, nou pa wè je pèsonn, se lannuit nou bouske sa jounen souse nan nou kou yon kolonn vanpi tou grangou. Lannuit, nou moun tout bon…

Lire la suite

Si demain

Pour commencer, comme il le faut à toute chose selon ton monde à toi, je ne sais pas trop le mot qu’il faut. Je n’ai jamais su mettre à leur place les mots, les choses, les sentiments. Je te viens cette fois en douleur debout. Espèce de chose qui souffre à bout de souffle. Depuis toi je suis devenu le chemin qui mènent aux arbres mortes. A mon coeur, grand chantier du vide. Depuis toi, toi mon grand chant sirène d’horizon, mon papillon à défier arc-en-ciel, je suis devenu une sorte de gribouillage à la danse des libellules.

Lire la suite

L’ombre si douce de l’Amandier : Les arbres nos souvenirs

«La musique de la forêt boit peu à peu la voix, la fugue s’exalte à la pointe des cimes et de temps à autre de nouveaux groupes d’arbres se mettent à moduler des sons spiralés qui s’enflent, s’éteignent puis renaissent pour mourir dans la rumeur humaine des géants enracinés. C’est la vaste lamentation scandée des grands bois…»
Jacques S. Alexis, Les arbres musiciens, (1957), Éd. Fardin, 2014, P. 397

L’ombre si douce de l’Amandier : Chroniques d’une enfance à Saint Louis du Nord est le dernier livre de Marc Exavier paru à c3 Éditions. Connu pour son exigence et la qualité de son écriture teintée souvent d’érotisme et d’érudition, Marc a déjà publié plusieurs recueils de poèmes : Les sept couleurs du sang (1983), Le cœur inachevé (1991), Soleil caillou blessé (1994). Néanmoins, L’ombre si douce de l’Amandier n’est pas son premier coup d’essai dans le récit ; d’ailleurs le troisième récit «Portrait d’enfant avec Ténia» a été déjà publié dans son premier recueil de nouvelles «Numéro effacé» (2001).

Lire la suite

Le jour des adieux

La nuit est longue. Epaisse. On avançait sans se heurter aux pierres. Une habitude de cette route rocailleuse. Cette route de 3 kms, faite de broussailles, de poussières et de boues, était ce fil qui nous reliait à la civilisation moderne. Les téléphones. Les télévisions. Les hôpitaux. L’eau potable. Les gens qui s’habillent de tout. Les maisons plus hautes que les arbres. Les voitures neuves, ou  plus ou moins. Les larges rues bétonnées. Les impasses. Les trottoirs qui sont autant visibles qu’habités. L’eau courante. La ration d’électricité.

Lire la suite

Le Temps Littéraire : Concours de nouvelles 2020 – Phase 2

L’équipe de Le Temps Littéraire est heureuse de clore la première partie de son concours de nouvelles 2020 qui consistait en la réception des textes des participants-es. Vous êtes beaucoup à vous fier à nous et à nous confier votre production. Pendant ce mois de juillet, nous allons lire minutieusement vos nouvelles et les meilleurs textes seront envoyés au Jury présidé par Evains WÊCHE qui déterminera les cinq meilleurs textes qui seront publiés aux éditions Floraison.

Lire la suite

Un rayon de soleil se pointe…

Un rayon de soleil
Se pointe dans ma chambre
Gouffre de désespoir
Des heures s’écoulent
J’essaie de résister au confinement
De vaincre l’ennui
Pour garder espoir
Je porte au plus profond de mon être
Nos instants d’amour
Ces instants de bonheur
Nos étreintes d’éternité

Lire la suite

Legs édition, pour une contre-histoire de la littérature haïtienne

Entrevue | Le Temps Littéraire part à la rencontre des acteurs-trices de l’objet-livre : auteurs-trices, éditeurs-trices, bouquinistes, critiques littéraires, etc. afin d’explorer le parcours de l’idée d’écriture jusqu’à la réception du texte. Nous avons rencontré Mirline PIERRE pour le compte de Legs édition, une maison d’édition haïtienne spécialisée dans la publication de textes littéraires haïtiens et francophones.

Par Wilbert FORTUNÉ

Lire la suite

Festival Quatre Chemins : 16 ans de théâtre et de réussite (deuxième partie)

Le Temps Littéraire s’intéresse au long parcours (quand on pense au contexte sociopolitique du pays) du festival Quatre Chemins qui, au fil des ans, s’est construit une réputation internationale et a permis l’émergence de différentes troupes de théâtre, de structures, d’acteurs et d’autres festivals. Nous tenterons de modeler pour le lecteur toute la légende et le mérite de ce festival par son histoire et ses déboires, ses grandes joies et ses réalisations, nous nous plongeons dans les archives de ce festival afin de vous faire apprécier autrement l’épopée d’une construction qui n’en finit pas de faire le bonheur des uns et des autres. Il s’agit dans cette deuxième partie de faire le récit des dix premières années du festival.

Lire la suite

Aminatu…

Aminatu,
J’ai mille fois hier soir essayé de chevaucher l’envie de dormir, mais je n’ai pas pu. C’est parti pour me faire péter le cœur dans une colère sourde, une explosion d’énergie dévastatrice où les dégâts sont des dégâts, et on sait tous les deux – à quelques exceptions près – que ce n’est pas toujours très beau. Du coup, sans trop d’efforts, je me suis ravisé. Plus par paresse que par effort, on va dire. Mais c’est tant mieux.

Crédit Photo : Cédric Thomas

J’ai mille fois hier soir essayé de chevaucher l’envie de dormir, c’est vrai, mais je n’ai pas pu. Trop stone, peut-être, ou bien à cause des griffes d’une fatigue m’ayant tenu par les reins, là où les vertèbres se plantent. J’avais mal. J’ai mis « Damballah » de RAM aux oreilles, pensant que la posture du serpent m’insufflerait son élan à jouer mon dos, mais rien, je planais déjà trop quand j’ai fait le saut, et puis « The Empyrean » de John Frusciante m’a déjà cousu une route, un son d’une heure et quelques minutes vers d’autres sentiers, d’autres étoiles. Des étoiles perchées sur des cordes, pendant que certaines – sans doute plus jeunes, plus folles – s’amusaient à courir, filer tels des mômes, pieds nus et le sexe pas encore sexe au vent. J’ai laissé rouler les tambours de Damballah, et j’ai pris la route que la guitare de l’Empyrean venait de me coudre. Même si ça impliquait de m’en aller sans faire ce que j’ai passé l’après-midi à vouloir faire. Au moins je te verrais sur mon chemin, il paraît que c’est plus facile d’inventer en plein rêve. Je ne me souviens plus, mais tu as dû être belle en prenant tes délicates tirades dans des clopes volantes, filantes comme ces étoiles-mômes, ou ces mômes-étoiles dans le ciel toujours plus noir, toujours plus clair. C’est vrai que j’ai mille fois hier soir essayé de chevaucher l’envie de dormir, mais je n’ai pas pu. En me réveillant, jouaient encore les tambours, et les traces de la route cousue s’amenuisaient dans ma tête, le curseur pointait encore sur l’écran lumineux de mon téléphone échoué près de mes hanches. C’est l’aube, la chorale des coqs est sur place. Je fais un saut sur « Haitian Dances » de Frantz Casséus. Sa guitare est reflet de l’aurore qui s’installe. Et je t’y vois. Ainsi donc, ce n’est que maintenant que je t’écris.

Étrangement tien, Caonabo.