Pour elle, qui mérite la mer et le ciel et le chant des colibris

Des fois, lorsque je n’écoute rien, il m’arrive d’entendre le son de sa voix qui résonne autour de quelques notes plaintives. J’entends la voix de Solange, tel un fil gris au-dessus duquel valse le poids de son passé, de ses traversées et de ses repentis. Me parvient à l’oreille l’espoir nourri en elle après chaque silence. J’entends encore et encore sa voix fredonner des airs de prière en travers de son trémolo. Des prières empilées devant le portail du ciel depuis le temps. J’entends son sourire, le do-ré-mi de ses combats ainsi que son refrain de lumière. 

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Porte-fardeaux suivi d’autres poèmes

Poète, Comédien, Coordonnateur de l’Espace Culturel des Jeunes de Turgeau (ECJT), ancien Directeur de programmation du Centre Culturel Cinémathèque (CCC), Yves Marie GUSTAVE participe à de nombreux ateliers de poésie (BMC). Il a aussi fondé en 2017 la Compagnie de théâtre Les Ateliers Encriture qu’il coordonne encore aujourd’hui. Nous publions dans notre espace Création trois de ses poèmes.

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As-tu vu venir le noir?

Tu dois être quelque part dans le monde, mais j’ignore où tu peux bien être. Seulement, je sais que tu n’es pas ici. Comme les autres tu as dû fuir le malheur, sans jugement. On ne peut pas.  Et pourquoi ? Et comment ? Si on reste c’est peut-être par contraintes. Peut-être par lâcheté. Par peur de l’inconnu. Peut-être par oubli. Que sais-je? On est tous des passants, plus la blessure est profonde plus elle met du temps à se cicatriser. Partir est devenu un atout majeur de santé et de bonheur.

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Istwa Jak

Si nuit te konn maleng lajounen pote malgre tout sa yo di, li pa t  ap janm ale kite nou fas ak lavi. Si nuit te konnen genyen nan nou, se lannuit nou moun. Se lannuit nou mache, se lannuit nou ka demare machwè n, se lannuit nou pran fòs, se lannuit nou ka jouke pwoblèm pi wo zetwal, se lannuit lavi n kòmanse malgre kalkil ki depatcha kalkilatris wòdpòte yo, se lannuit nou ka chita arebò lavi, nou ka chante tankou toutrèl ki fin bati kay pou li ponn. Se lannuit nou se matadò sipèb, nou pa wè je pèsonn, se lannuit nou bouske sa jounen souse nan nou kou yon kolonn vanpi tou grangou. Lannuit, nou moun tout bon…

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Si demain

Pour commencer, comme il le faut à toute chose selon ton monde à toi, je ne sais pas trop le mot qu’il faut. Je n’ai jamais su mettre à leur place les mots, les choses, les sentiments. Je te viens cette fois en douleur debout. Espèce de chose qui souffre à bout de souffle. Depuis toi je suis devenu le chemin qui mènent aux arbres mortes. A mon coeur, grand chantier du vide. Depuis toi, toi mon grand chant sirène d’horizon, mon papillon à défier arc-en-ciel, je suis devenu une sorte de gribouillage à la danse des libellules.

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Création | DIS-LEUR

Journaliste, poète et nouvelliste, Jonel Juste est né à Port-au-Prince le 2 octobre 1980. En tant que journaliste, il a travaillé dans divers journaux, revues et agence de presse en ligne tels que HPN, Le Nouvelliste, Vues d’Haïti, Le Matin (Haïti), Le Floridien, The Reporter, Miami Times (USA) et Le National (Haïti et USA).
En tant que poète, Jonel Juste a été, pendant quatre ans (2000-2004), animateur de l’Atelier de création artistique Marcel Gilbert de la Bibliothèque Justin Lhérisson de Carrefour, banlieue sud de Port-au-Prince. Ses poèmes ont été publiés dans divers journaux, tant en Haïti qu’à l’étranger. D’autres textes sont publiés dans des Anthologies en France, au Canada, aux États-Unis, et sur des sites spécialisés sur le Net. Jonel Juste a publié en 2013 “Joseph Prince d’Egypte”, une version versifiée et originale de l’histoire de Joseph dans la Bible. En 2019, il a publié sur Amazon 5 nouveaux ouvrages : “Trois fois passé là” (Nouvelles), “Solèy, Solèy” (Poésie), “The Watch” (Nouvelles), “I loved you before I knew your name” (Poésie), “Haitian Hip Hop: From Top to Bottom” (Essai).

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Le jour des adieux

La nuit est longue. Epaisse. On avançait sans se heurter aux pierres. Une habitude de cette route rocailleuse. Cette route de 3 kms, faite de broussailles, de poussières et de boues, était ce fil qui nous reliait à la civilisation moderne. Les téléphones. Les télévisions. Les hôpitaux. L’eau potable. Les gens qui s’habillent de tout. Les maisons plus hautes que les arbres. Les voitures neuves, ou  plus ou moins. Les larges rues bétonnées. Les impasses. Les trottoirs qui sont autant visibles qu’habités. L’eau courante. La ration d’électricité.

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Un rayon de soleil se pointe…

Un rayon de soleil
Se pointe dans ma chambre
Gouffre de désespoir
Des heures s’écoulent
J’essaie de résister au confinement
De vaincre l’ennui
Pour garder espoir
Je porte au plus profond de mon être
Nos instants d’amour
Ces instants de bonheur
Nos étreintes d’éternité

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TÔT DANS LA MATINÉE

Des chuintements proviennent des cèdres du terrain voisin : les tourtereaux de l’environ, suivis de leurs progénitures pouvant à peine voler, regagnent leur perchoir… Mon fauteuil de lecture, quoique passif, commençe à se plaindre du poids de mon corps qu’il supporte depuis déjà plus de trois heures. L’obscurité, qui, timidement, s’est faite maîtresse légitime de la pièce, commence à s’etoffer, à pousser son barbarisme jusqu’à s’emparer de la page en cours de lecture… Si brusque que les lettres, noires, parlantes et élégantes, semblent s’effondrer dans une marre de noirceur, pour ne plus avoir rien à me dire, à part que la pause (où l’arrêt) s’impose.

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Mon amour, quelles étoiles n’avions-nous donc pas bercées ?

Depuis quelque temps, les étoiles se font rares. Elles sont en confinement pensai-je. De notre chambre qui s’ouvre sur le ciel, nous avions l’habitude de les voir. Elles venaient souvent nous admirer dans nos plus intimes mouvements. Nous n’avions pas vu arriver cette pénurie d’étoiles, sinon nous aurions pu en accrocher une dans notre chambre. Dieu sait combien nous admirons les voir contempler nos ébats sexuels. L’autre soir, de la fenêtre, nous en avions vu quelques unes fatiguées par leurs allures confinées. Le temps d’un geste mal ponctué, elles n’y étaient plus. Depuis, nous attendons qu’elles viennent.

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