Tout le bleu du ciel

Je retiens ma main comme on retient son cœur après une honte. Que souhaiter à un monde qui crève ? A ma patrie qui râle tous les cauchemars de la terre ? A toi, Anna, qui de si loin entend chaque son de mon âme ? Que te dire sinon les larmes de quelqu’un qui voit mourir les siens, que te dire sinon qu’Apredye et tous ses démons ont ôté le rêve à mon pays. Et qu’est-ce qu’une terre où l’on ne peut plus rêver ?

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L’ombre si douce de l’Amandier : Les arbres nos souvenirs

«La musique de la forêt boit peu à peu la voix, la fugue s’exalte à la pointe des cimes et de temps à autre de nouveaux groupes d’arbres se mettent à moduler des sons spiralés qui s’enflent, s’éteignent puis renaissent pour mourir dans la rumeur humaine des géants enracinés. C’est la vaste lamentation scandée des grands bois…»
Jacques S. Alexis, Les arbres musiciens, (1957), Éd. Fardin, 2014, P. 397

L’ombre si douce de l’Amandier : Chroniques d’une enfance à Saint Louis du Nord est le dernier livre de Marc Exavier paru à c3 Éditions. Connu pour son exigence et la qualité de son écriture teintée souvent d’érotisme et d’érudition, Marc a déjà publié plusieurs recueils de poèmes : Les sept couleurs du sang (1983), Le cœur inachevé (1991), Soleil caillou blessé (1994). Néanmoins, L’ombre si douce de l’Amandier n’est pas son premier coup d’essai dans le récit ; d’ailleurs le troisième récit «Portrait d’enfant avec Ténia» a été déjà publié dans son premier recueil de nouvelles «Numéro effacé» (2001).

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Tu n’auras pas lu ma lettre…

J’ai beaucoup tardé à t’écrire cette lettre, en dehors du fait que la nouvelle, la triste nouvelle m’a laissé abasourdi, je me questionnais sur la façon dont tu aurais perçu tant d’effusions. Connaissant tes luttes et tes prises de positions, je me suis demandé si tu aurais apprécié autant de remous autour de ta personne quand tous les jours des gens meurent à la Saline, Martissant : ces anonymes, ces petites gens qui cimentent tout le corps social mais que nous discriminons.

Tu n’auras pas lu ma lettre, moi qui avais tant d’espoir malgré les années de te voir un jour ou l’autre ragaillardi, j’aurais trop tardé. Quel poème te dire? Ai-je déjà trop parlé ? Aurais-je le sens de l’ellipse de ta parole cousue sur fil de politique et d’érotisme ? J’arrête, tu pars et la question avant que tu ailles reposer tes brûlures, viejo, est de savoir s’il faut faire de ta tombe un endroit où l’on se soûle et où l’on danse, comme disait le poète, ou une place de rassemblements pour les révolutions futures.

Wilbert FORTUNÉ

26 janvier 2020

Donner à Castera ce qui est à Castera!

Georges nous a laissés. Une nouvelle terrible pour les férus de la littérature, les amants-es de la parole libre. Hommages vibrants, témoignages, critiques, on sait qu’un homme est mort lorsqu’on peut dire aisément ou ouvertement du bien de lui.

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Lire, un projet personnel?

Tout-e lecteur-trice s’est, au moins pour une fois dans sa vie, demandé-e pourquoi doit-il-elle lire tel livre et non pas tel autre? Quant à moi, je me suis récemment posé la question : pourquoi suis-je considéré comme un illettré fonctionnel pour n’avoir pas lu Cent ans de solitude, Les caves du Vatican , La belle amour humaine ou L’étranger ? Pourquoi me recommande-t-on toujours de lire Toni Morison, Milan Kundera, Dostoievski, Anton Tchekhov ou Umberto Eco? Parce que l’histoire littéraire en ont fait des écrivains incontournables? Parce que des critiques ont fait de leurs œuvres des matras qu’on devrait, tout bonnement, connaître? Loin de chercher quelque chose à en redire de la gloire témoignée à ces génies de la littérature universelle, je dois quand même considérer que ces raisons ne doivent pas me suffir. Puisque ce n’est pas tant la notoriété de l’œuvre ni de l’auteur qui m’intéresse, mais ce que je devrais attendre de sa lecture, ce que j’aurais à en gagner. D’où une certaine esthétique de la réception, cette théorie post soixante-huitard qui, chez moi, continue de s’actualiser.

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Billet d’humeur sur la littérature # 1

Depuis quelques temps, je rumine l’idée de faire quelques billets d’humeur sur la littérature, mes lectures et mes échanges. Avec tous les doutes qui m’assaillent, j’ai toujours remis à plus tard l’écriture de ces mémos si l’on peut ainsi dire. Une discussion m’a permis de comprendre que je n’étais pas le seul à trouver que les discours et lieux de la littérature étaient soient trop restreints soient trop futiles. Je parle de vrais discours, je parle de vrais travaux de saisie des sens en construction dans le sphère haïtien de la littérature, le peu qu’il y en a est en partie fait par des chercheurs étrangers ou des expatriés.

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Ravine-Sèche, une part de rêve qui nous habite!


Carte blanche à Cherlie Rivage


Il est 11h am. Le soleil au-dessus de l’horizon laissait entrevoir un ciel tempéré, dégagé de toutes frustrations. Nous longeons la côte des Arcadins vers le Nord de Port-au-Prince. Nous n’étions qu’une vingtaine dans un bus de trente places. L’impatience assiégeait une bonne partie de nos visages. L’air circulait librement et fini vaguement à nos pieds pour se réinviter et se volatiliser sous nos pas plus tard. Tout au long de la route, entre rires et petites taquineries, une musique (compas) caresse les oreilles et les yeux rivés vers les montagnes dénudées exposant à pleine vue ses lamentations face à une mer fatiguée qui cache ses douleurs aux pieds de longues vagues décousues.

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Chronique : Mon amour de Dany Laferrière

 

CP : Agence France-Presse

Chez Dany Laferrière , il me plait un tas de choses, qu’il s’agit de l’homme ou l’écrivain si possible il est d’établir la différence. C’est monnaie courante chez ces auteurs qui mélangent fiction et réalité, qui vous parlent d’une matinée banale, d’un voyage anodin, d’un match de foot pour enfin parler d’eux mêmes. Je suis tombé amoureux d’un autre auteur du même accabit, Fatou Diome qui m’a fait le même effet. Lire la suite